Chihuahua : petit format, gros caractère
Le plus petit chien du monde a un tempérament de grand. Caractère, éducation, santé, entretien et budget du chihuahua, sans idées reçues.
Il pèse le poids d'un paquet de croquettes format échantillon et il est persuadé de faire trois fois sa taille. Le chihuahua est probablement la race la plus caricaturée de France : chien de sac à main, chien qui tremble, chien qui mord les chevilles. La vérité est plus intéressante. C'est un chien de compagnie très ancien, cérébral, extrêmement attaché à sa personne, et dont la plupart des « défauts » sont en réalité des problèmes d'éducation que personne n'a pris au sérieux parce que le chien tenait dans une main. Voilà ce qu'il faut savoir avant d'en adopter un.
🐾 Cette fiche fait partie de notre encyclopédie des races de chien de A à Z.
Origines : le plus vieux chien du continent américain
Le chihuahua tire son nom de l'État mexicain de Chihuahua, où des voyageurs américains en achètent quelques spécimens à la fin du XIXe siècle. Mais son histoire remonte bien plus loin. On lui prête pour ancêtre le techichi, un petit chien vivant auprès des Toltèques puis des Aztèques, retrouvé dans des représentations et des sépultures précolombiennes. Ce chien avait une fonction rituelle et de compagnie, pas utilitaire : il n'a jamais gardé de troupeau ni chassé quoi que ce soit.
La race est reconnue officiellement aux États-Unis en 1904, et le Mexique en revendique aujourd'hui la paternité auprès de la FCI. Deux variétés coexistent, poil court et poil long, jugées séparément mais issues de la même race : un chihuahua à poil long n'est pas un croisement, c'est simplement l'autre variété.
Ce passé compte pour une raison simple : le chihuahua n'a jamais été sélectionné pour travailler avec l'humain à distance. Il a été sélectionné pour vivre collé à lui. Tout son comportement découle de là.
Caractère : un chien de compagnie qui ne fait pas semblant
Il choisit une personne, et il la choisit fort. Le chihuahua développe un attachement très marqué, souvent à un seul membre du foyer. Il suit, il s'installe sur les genoux, il dort contre une jambe. C'est ce qui en fait un compagnon formidable pour quelqu'un qui vit beaucoup chez soi, et un candidat à l'anxiété de séparation pour quelqu'un qui s'absente toute la journée sans y avoir préparé son chien.
Il est courageux jusqu'à l'absurde. Aucune conscience de son gabarit. Un chihuahua non éduqué ira défier un berger allemand avec un aplomb total, ce qui est objectivement dangereux pour lui. Ce n'est pas de la méchanceté, c'est un chien qui n'a jamais appris que l'humain gère les situations à sa place.
Il alerte. Beaucoup. C'est un excellent détecteur de bruits de palier. Sans travail dessus, l'aboiement devient un réflexe permanent, et c'est le premier motif de plainte des propriétaires (et des voisins). La bonne nouvelle, c'est que ça se travaille très bien, à condition de commencer tôt et de ne pas récompenser l'aboiement par de l'attention. Notre guide sur le chien qui aboie donne la méthode complète.
Il est bien plus intelligent qu'on le croit. Le chihuahua apprend vite, retient les routines, comprend parfaitement ce qu'on attend de lui. S'il n'obéit pas, c'est presque toujours parce qu'on ne lui a jamais rien demandé sérieusement.
Le fameux tremblement, enfin, n'a rien de pathologique en soi : petit gabarit, peu de masse graisseuse, métabolisme rapide. Il tremble quand il a froid, quand il est excité ou quand il stresse. Un chihuahua qui tremble en permanence dans une pièce chauffée et sans stimulation, en revanche, mérite un avis vétérinaire.
Éducation et besoins : le piège du « il est trop petit pour que ça compte »
Le problème numéro un de la race, c'est le deux poids deux mesures. Un labrador qui saute sur les invités se fait reprendre ; un chihuahua qui fait la même chose, on trouve ça mignon. Résultat : un chien qui n'a jamais eu de cadre, qui grogne pour garder le canapé, qui panique dès qu'on le pose au sol et qu'on porte partout « parce qu'il n'aime pas marcher ».
Un chihuahua bien élevé marche en laisse, sait rester seul, croise d'autres chiens sans hystérie et se laisse manipuler par le vétérinaire. Ça demande le même travail que pour un grand chien, juste avec des exigences physiques plus modestes.
| Type d'activité | Exemples | Fréquence |
|---|---|---|
| Physique | 2 à 3 balades au sol, jeu de course dans le salon | 30 à 45 min par jour au total |
| Mental | Recherche de friandises, tapis de fouille, tours, jouets distributeurs | 10 à 15 min par jour |
| Sociale | Rencontres avec des chiens calmes de tous gabarits, visiteurs, ville | Très régulièrement avant 4 mois |
| Manipulation | Brossage, griffes, dents, portoir de transport, table d'examen | 2 à 3 fois par semaine |
| Repos | Panier au calme, apprentissage de la solitude progressive | 14 à 16 h de sommeil par jour |
Les priorités, dans l'ordre :
- Le poser par terre. Un chihuahua qu'on porte en permanence ne développe jamais de confiance en lui et devient réactif à tout ce qui passe au niveau du sol. Il marche, comme les autres.
- La socialisation avant 4 mois, en particulier avec des chiens plus gros mais posés. C'est la fenêtre qui décide s'il sera un chien serein ou un chien qui hurle sur tout ce qui a quatre pattes.
- La solitude, apprise en douceur dès les premiers jours, par absences très courtes qu'on allonge. C'est la race la plus exposée à l'anxiété de séparation, justement à cause de la force de son attachement.
- Le contrôle de l'aboiement. On lui apprend un signal de fin d'alerte, et surtout on ne le prend pas dans les bras au moment où il aboie (sinon on vient de payer l'aboiement).
- La propreté, qui prend souvent plus de temps chez les petites races : vessie minuscule, sorties plus fréquentes nécessaires. Notre méthode de propreté du chiot en 7 jours s'applique très bien, avec des sorties rapprochées.
Côté matériel, un point non négociable : harnais, jamais collier. La trachée d'un chien de 2 kg est fragile, et une traction sur le cou peut provoquer un collapsus trachéal. Si ton chien tire encore, notre méthode pour un chien qui tire en laisse fonctionne aussi sur les mini gabarits.
Santé et entretien : petit chien, points de vigilance précis
Bonne nouvelle d'abord : c'est une race qui vit très longtemps, souvent 12 à 18 ans, parfois davantage. Ce qui veut dire un engagement long, et un budget vétérinaire étalé sur presque deux décennies.
La luxation de la rotule. C'est le point de santé numéro un des petites races. La rotule sort de sa gorge fémorale, le chien saute une foulée, garde une patte arrière en l'air quelques secondes puis repart comme si de rien n'était. Ça se classe en quatre grades, et selon la gravité on part sur du suivi et du renforcement musculaire ou sur de la chirurgie. À faire évaluer par un vétérinaire dès qu'on observe le geste, sans attendre.
Le collapsus trachéal. Toux sèche et bruyante, souvent décrite comme un cri d'oie, déclenchée par l'excitation ou une traction sur le cou. D'où le harnais systématique, et un poids de forme tenu.
L'hypoglycémie du chiot. Chez les très jeunes et les très petits sujets, une baisse de sucre peut survenir vite en cas de jeûne ou de stress : chiot mou, désorienté, parfois tremblant. Repas fractionnés en trois ou quatre prises les premiers mois, et avis vétérinaire immédiat si l'épisode survient.
La molera. Beaucoup de chihuahuas gardent une fontanelle ouverte au sommet du crâne, parfois toute leur vie. C'est admis par le standard, mais ça implique de manipuler la tête avec précaution et de ne jamais laisser un enfant tapoter le crâne.
Les dents. C'est le vrai sujet du quotidien. Mâchoire minuscule, dents serrées, tartre rapide, dents de lait qui ne tombent pas toujours toutes seules. Un brossage plusieurs fois par semaine et un contrôle dentaire annuel évitent des détartrages sous anesthésie à répétition.
Le poids. Un chihuahua de 4 kg au lieu de 2,5 kg, c'est 60 % de masse en trop, avec un impact direct sur les rotules et la trachée. Les rations se comptent au gramme près : un biscuit distribué à la légère représente une part énorme de sa journée. Si la balance a dérapé, notre protocole pour faire maigrir un chien en surpoids s'adapte aux petits gabarits, à valider avec ton vétérinaire.
Côté entretien, c'est la partie facile :
- Poil court : un coup de gant en caoutchouc une fois par semaine suffit, mais il perd des poils toute l'année malgré la longueur.
- Poil long : brossage 2 à 3 fois par semaine, avec une attention derrière les oreilles et à la culotte où les nœuds se forment.
- Griffes à couper régulièrement, car il use peu naturellement sur les surfaces molles.
- Le froid : il ne bluffe pas. En dessous de 10 °C, un manteau n'est pas un caprice esthétique, c'est du confort réel pour un chien qui n'a ni masse ni sous-poil.
À qui convient cette race ?
Il est fait pour toi si tu vis en appartement, si tu es souvent chez toi ou en télétravail, si tu veux un chien de compagnie très présent, et si tu es prêt à l'éduquer aussi sérieusement qu'un grand chien. C'est aussi une excellente option pour les personnes âgées ou peu sportives, à condition que quelqu'un puisse assurer les sorties quotidiennes. Notre sélection des races de petits chiens idéales en appartement le replace face à ses alternatives.
Passe ton chemin si tu as de très jeunes enfants (un chien de 2 kg se blesse vite, et un chien qui a peur se défend avec ce qu'il a), si tu t'absentes huit heures par jour, si tu cherches un compagnon de course à pied, ou si l'idée d'un chien qui alerte au moindre bruit te crispe déjà.
Côté budget, un chiot LOF chez un éleveur sérieux se situe généralement entre 1 000 et 1 800 €, avec des prix qui grimpent vite sur les sujets très typés ou très petits. Méfiance absolue sur les annonces qui vendent du « chihuahua teacup » ou « micro » : ce ne sont pas des variétés reconnues, juste des chiens sous-dimensionnés dont la fragilité est vendue comme un argument. Le coût annuel est modeste sur l'alimentation (un chien de 2,5 kg mange peu) mais réel côté santé : compte 700 à 1 100 € par an en incluant vétérinaire, antiparasitaires, soins dentaires et une assurance, qui se justifie bien sur une race à luxations et à longue espérance de vie. Et pense aux refuges : le chihuahua fait partie des races les plus abandonnées en France, souvent pour des motifs d'aboiement ou de propreté qui se règlent très bien avec un peu de travail.
Le chihuahua est-il un chien agressif ?
Non, mais c'est une race qui devient facilement réactive quand on ne l'éduque pas. Le schéma classique : un chien porté en permanence, jamais confronté aux autres chiens, dont les grognements ont toujours fait rire au lieu d'être repris. À l'arrivée, il grogne pour garder le canapé ou les genoux. Un chihuahua socialisé avant 4 mois et traité comme un chien à part entière est un compagnon parfaitement sociable.
Peut-on le laisser seul la journée ?
Idéalement non, pas huit heures d'affilée. C'est la race la plus sujette à l'attachement excessif, et un chihuahua qui n'a jamais appris la solitude passe ses journées à aboyer ou à faire ses besoins à l'intérieur. Si le mode de vie l'impose, il faut construire l'apprentissage très progressivement dès le premier mois, prévoir un passage à mi-journée, et occuper le temps d'absence avec des jouets à mâcher ou distributeurs.
Chihuahua ou yorkshire, lequel choisir ?
Les deux sont de petits chiens de compagnie très attachés, mais le tempérament diffère. Le yorkshire est un terrier : plus fouineur, plus déclencheur sur les petits animaux, avec un poil qui demande un vrai entretien ou des toilettages réguliers. Le chihuahua demande moins de toilettage (surtout en poil court), vit encore plus collé à sa personne et se contente d'une activité physique plus faible. Pour un foyer calme et sédentaire, le chihuahua. Pour quelqu'un qui veut un petit chien plus joueur et plus curieux dehors, le yorkshire.
Crédits photos : Efrem Efre, via Pexels


