Dogue de Bordeaux : caractère, santé et espérance de vie

7,7 ans d'espérance de vie et 57 % de hanches dysplasiques : les vrais chiffres du dogue de Bordeaux, son caractère, ses besoins et le prix d'un chiot.

Dogue de Bordeaux fauve dans un champ d'herbes hautes

Commençons par le chiffre que personne n'a envie de lire en premier, parce que c'est celui qui change tout le reste : dans la plus grosse étude jamais publiée sur les races géantes, 229 dogues de Bordeaux sont morts à un âge médian de 7,71 ans. Pas 10, pas 12. Sept ans et neuf mois. Et cette race était de loin la mieux représentée de l'étude, donc ce n'est pas un artefact de petit échantillon. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas en adopter un : ça veut dire qu'il faut savoir dans quoi on s'engage, choisir son éleveur autrement, et regarder deux ou trois dépistages précis avant de signer. Le reste de la fiche est là pour ça, et il y a aussi de très bonnes nouvelles sur ce chien.

🐾 Cette fiche fait partie de notre encyclopédie des races de chien de A à Z.

Origines : du chien de combat au molosse de salon

Le standard FCI n°116 le présente comme l'un des plus anciens chiens français, descendant probablement des Alans, et en particulier de l'Alan Vautre dont Gaston Phébus écrivait au XIVe siècle, dans son Livre de Chasse, qu'il « tient plus fort sa morsure » que trois lévriers réunis. Le mot « dogue » lui-même apparaît à la fin de ce siècle.

Au milieu du XIXe siècle, ces vieux dogues ne sont guère connus qu'en Aquitaine. On les emploie à la chasse au sanglier, aux combats souvent codifiés, à la garde des maisons et du bétail, au service des bouchers. En 1863, à la première exposition canine française, au Jardin d'Acclimatation de Paris, ils figurent déjà sous leur nom actuel. Trois types coexistent alors : toulousain, parisien et bordelais, ce dernier étant à l'origine du dogue moderne.

La race sort exsangue des deux guerres mondiales, au point d'être menacée d'extinction après 1945. Elle repart dans les années 1960, portée par une poignée de passionnés, et son standard sera successivement réécrit par Pierre Mégnin (1896), Jean Kunstler (1910) puis Raymond Triquet (1971, 1993, précisé en 2007).

En France, aujourd'hui, la race recule nettement. La Société Centrale Canine a enregistré 517 dogues de Bordeaux au LOF en 2025, contre 649 l'année précédente, soit -20 % en un an, quand l'ensemble du groupe 2 ne perd que 3 %. Il tombe à la 13e place de son groupe, loin derrière le chien de cour italien (3 465) et le rottweiler (2 836).

Un chiffre mérite quand même d'être souligné à l'inverse : 30 % des dogues inscrits ont été présentés à la confirmation, le meilleur taux du haut de tableau du groupe 2 (le rottweiler est à 15 %, le bouvier bernois à 17 %). Autrement dit, la race se vend moins, mais ceux qui en élèvent jouent davantage le jeu du contrôle morphologique. C'est plutôt bon signe.

Ce que dit le standard, et ce que ça change chez toi

CaractéristiqueCe que dit le standardCe que ça change chez toi
TailleMâles de 60 à 68 cm, femelles de 58 à 66 cmUn chien qui pose la tête sur la table sans se lever
PoidsMâle 50 kg minimum, femelle 45 kg minimumTout coûte plus cher : croquettes, véto, anesthésie, transport
TêteChez le mâle, le périmètre du crâne égale à peu près la hauteur au garrotLa tête la plus volumineuse du monde canin, proportionnellement
MuseauEntre le quart et le tiers de la longueur de la tête, stop à 95-100°Chien brachycéphale : chaleur, effort et sommeil sont des sujets
MâchoirePrognathe inférieur, « le prognathisme est un caractère racial »La mâchoire du dessous dépasse, c'est normal et voulu
PoitrineCirconférence supérieure de 25 à 35 cm à la hauteur au garrotUn tonneau : harnais et caisse de transport hors normes
PeauÉpaisse et suffisamment ample, « sans excès de rides »Les plis existent, mais le standard freine leur exagération
RobeUnicolore fauve, de l'acajou à l'isabelle ; masque noir, marron, ou sans masqueBringé et « chocolat » sont éliminatoires, pas des couleurs rares à surpayer
CaractèreDoué pour la garde, « avec vigilance et un grand courage mais sans agressivité »Un dissuasif, pas un mordeur

Trois points valent qu'on s'y arrête.

Le standard combat lui-même l'hypertype. C'est assez rare pour être signalé. Parmi les défauts graves figurent explicitement l'« hypertype bouledogué », le crâne plat, le chanfrein mesurant moins du quart de la longueur totale de la tête, le repli important entourant la tête, et surtout l'« essoufflement excessif, respiration rauque ». Un dogue qui ronfle en marchant n'est pas « typé » : il s'éloigne du standard. Et un chien au chanfrein trop long est tout aussi hors sujet, il est même éliminatoire. La race est donc écrite avec des garde-fous dans les deux sens. Reste à ce que les juges et les acheteurs les appliquent.

Le prognathisme n'est pas un défaut. Le texte est formel : le chien est prognathe inférieur, la face postérieure des incisives inférieures se trouve en avant de la face antérieure des supérieures, et la mâchoire inférieure s'incurve vers le haut. En revanche, des canines ou une langue visibles en permanence, gueule fermée, sont éliminatoires. La nuance compte quand tu regardes une portée.

Le poids annoncé est un plancher, pas un plafond. Le standard dit « 50 kg au moins » pour un mâle. Dans la vraie vie, l'étude VetCompass de 2026 mesure une médiane de 51,2 kg chez le dogue adulte au Royaume-Uni (47,5 kg pour les femelles, 55,1 kg pour les mâles). C'est cohérent, et c'est utile à savoir : ton chien pèsera à peu près le poids d'un adulte humain, avec tout ce que ça implique le jour où il faut le porter chez le vétérinaire.

L'espérance de vie : le chiffre qu'il faut regarder en face

C'est le sujet numéro un de cette race, et il n'existe pas de manière élégante de le dire.

L'étude de référence date de juin 2026 : O'Neill et ses collègues ont analysé les dossiers vétérinaires de 2 250 417 chiens suivis au Royaume-Uni via le programme VetCompass, dont 28 345 chiens de races géantes réparties sur 29 races. Le dogue de Bordeaux y est la race géante la plus fréquente, avec 5 156 individus, soit 18,2 % de tout l'échantillon géant. Autant dire que les données le concernant sont solides.

PopulationÂge médian au décès
Dogue de Bordeaux (229 décès)7,71 ans
Toutes races géantes confondues (1 068 décès)8,94 ans
Races géantes molossoïdes8,42 ans
Races géantes non molossoïdes9,97 ans
Saint-bernard6,76 ans
Dogue allemand8,90 ans
Akita11,3 ans

Trois lectures honnêtes de ce tableau.

D'abord, le dogue n'est pas la race la plus courte de l'étude : le mastiff du Tibet (4,77 ans) et le saint-bernard (6,76 ans) font pire. Mais il est nettement sous la médiane des géants, et très loin des 12,5 ans de médiane que McMillan et ses collègues mesurent sur les chiens de compagnie toutes tailles confondues.

Ensuite, une partie du problème est structurelle. Le format géant coûte des années à lui seul, et le format brachycéphale en coûte encore. La même étude McMillan chiffre l'écart à 11,2 ans de médiane pour les chiens brachycéphales contre 12,8 ans pour les mésocéphales. Le dogue de Bordeaux cumule les deux handicaps, et le standard le reconnaît noir sur blanc en le décrivant comme « typiquement un molossoïde brachycéphale concaviligne ». Notre tableau de l'espérance de vie du chien par race replace tout ça dans le paysage général.

Enfin, 7,71 ans est une médiane, pas une fatalité individuelle. La moitié des chiens de l'échantillon a vécu plus longtemps, et l'étude relève aussi que 87,8 % des décès de chiens géants sont des euthanasies. Ce qui veut dire, en clair, que la fin de vie de ces chiens est très souvent une décision prise face à une arthrose invalidante, une tumeur ou un cœur qui lâche, et pas une mort naturelle dans son panier. Les trois premières causes de décès chez les géants sont d'ailleurs les tumeurs (12,4 %), le collapsus (9,46 %) et les affections cardiaques (4,12 %).

Santé : les quatre dossiers à connaître avant d'acheter

Bonne nouvelle avant les mauvaises : rien de ce qui suit n'est une surprise pour un éleveur sérieux. Ce sont exactement les questions qu'il attend de toi.

1. Les hanches, et là il n'y a pas de nuance à faire

C'est le point noir absolu de la race. Sur les données de dépistage de l'Orthopedic Foundation for Animals, qui compile 1 013 radiographies de hanches chez le dogue de Bordeaux :

RésultatPart des chiens évalués
Hanches normales40,0 %
Dont note « excellent »1,7 %
Dysplasiques57,2 %
Dont forme légère27,6 %
Dont forme modérée23,0 %
Dont forme sévère6,5 %

Presque six chiens sur dix radiographiés ressortent dysplasiques, et la race pointe à la 5e place mondiale du triste classement OFA. À titre de comparaison, l'épagneul breton, qu'on considère pourtant comme une race à surveiller, plafonne à 13,8 %.

Un mot d'honnêteté sur ce chiffre : ces données viennent de chiens qu'on a volontairement fait radiographier, souvent parce qu'ils sont destinés à la reproduction ou parce qu'ils boitaient déjà. L'échantillon n'est pas la population générale, et le vrai taux est probablement inférieur. Mais avec 1 013 dossiers et une note « excellent » qui tombe à 1,7 %, le signal reste massif : les hanches d'un dogue de Bordeaux ne sont pas un sujet secondaire, c'est LE sujet.

Ce qui se passe ailleurs dans le squelette est plus contrasté. Toujours chez l'OFA, sur 826 évaluations de coudes, 26,2 % sont anormales (16,8 % de grade 1, 7,0 % de grade 2, 2,3 % de grade 3). Sur 411 examens d'épaules, 7,8 % sont anormaux, ce qui place la race au 2e rang mondial pour l'ostéochondrose de l'épaule. En revanche, sur 453 examens de rotules, 99,1 % sont normaux : la luxation de rotule qui plombe les petits formats n'est pas un problème ici.

Ce que tu peux faire, concrètement. Exiger le résultat officiel de dépistage des hanches ET des coudes des deux parents, en clair, avec le document. Ne pas faire courir un chiot en croissance, ne pas lui faire monter et descendre des escaliers à répétition, ne pas le laisser sauter d'un coffre de voiture. Et surtout, ne pas le pousser à la croissance : une alimentation trop énergétique ou trop chargée en calcium accélère la pousse et charge des articulations qui ne sont pas prêtes. Notre classement des meilleures croquettes pour chien t'aide à choisir une formule chiot grande race plutôt qu'une bombe calorique. Et un dogue en surpoids adulte, c'est de l'arthrose gagnée d'avance : notre guide pour faire maigrir un chien en surpoids s'applique en priorité à ce gabarit.

2. Le cœur, et la question de la mort subite

Deuxième dossier lourd, moins visible que le premier parce qu'il ne se voit pas à l'œil nu.

Une étude danoise a ausculté et échographié 53 dogues de Bordeaux : un souffle d'éjection basal gauche a été détecté chez 38 chiens (72 %), et une vitesse aortique supérieure à 2,5 m/s, seuil retenu pour parler de sténose aortique, chez 9 chiens (17 %). Les auteurs notent que l'anneau aortique du dogue est plus petit que la normale des races de gabarit comparable, et concluent que la race « pourrait être fortement prédisposée » à la sténose aortique.

En Israël, Ohad et ses collègues ont suivi 56 dogues sur sept ans et trouvé, toutes races du pays confondues, la plus forte proportion de dysplasie de la valve tricuspide et la deuxième proportion de sténose sous-aortique. Les analyses de pedigree pointent une transmission probablement autosomique récessive, et ont même permis d'identifier trois ancêtres à l'origine de la diffusion locale.

Côté rythme, une équipe britannique a repris les dossiers de 64 dogues référés en cardiologie : fibrillation atriale chez 25 chiens (39 %), et 56 % dans le sous-groupe sans cardiopathie congénitale ni tumeur, avec une fréquence cardiaque médiane de 200 battements par minute à l'arrivée.

Enfin, la donnée qui inquiète le plus. Dans une enquête menée auprès de 215 propriétaires et éleveurs portant sur 278 dogues, 55 chiens (19,8 %) étaient déjà morts au moment de la réponse, et 17 d'entre eux, soit 31 %, sont morts subitement et sans signe annonciateur. Les auteurs sont prudents : rien ne prouve formellement que ces morts subites soient cardiaques. Mais ils écrivent noir sur blanc que le lien mérite d'être exploré, et que les propriétaires eux-mêmes réclament un programme officiel de dépistage cardiaque pour la race.

Ce que tu peux faire. Demander une auscultation cardiaque du chiot par un vétérinaire avant l'achat, et un contrôle chez un cardiologue vétérinaire si un souffle est entendu. Chez l'adulte, un examen cardiaque annuel n'a rien d'excessif dans cette race. Et si ton chien tousse, se fatigue anormalement vite, a un ventre qui gonfle ou fait un malaise, même bref, c'est une consultation sans attendre le lendemain.

3. Les reins : le test à 30 euros que personne ne fait

Celui-là est méconnu, et c'est dommage, parce que c'est le seul de la liste qui se dépiste avec une simple prise d'urine.

Le dogue de Bordeaux est prédisposé à une glomérulonéphropathie familiale, une atteinte du filtre rénal qui présente des ressemblances morphologiques avec la glomérulosclérose segmentaire et focale humaine. L'équipe de Rachel Lavoué a analysé les urines de 102 dogues adultes et rappelle que la prévalence de protéinurie rénale anormale a été mesurée à 33 % dans la race. Dans leur échantillon, 35 chiens étaient franchement protéinuriques (rapport protéines sur créatinine urinaire supérieur à 0,5) et 20 en zone limite. Or les analyses montrent que chez tous ces chiens, sans exception, l'origine de la fuite de protéines était glomérulaire, c'est-à-dire rénale.

Traduction pratique : un dogue sur trois perd des protéines par les reins, souvent bien avant le moindre symptôme. Le test s'appelle le RPCU (rapport protéines sur créatinine urinaire), il se fait sur un simple échantillon d'urine du matin, il coûte quelques dizaines d'euros et il n'est presque jamais demandé spontanément. Un RPCU annuel dès l'âge adulte, c'est le meilleur rapport information sur prix de toute cette fiche. Détecté tôt, ce type d'atteinte se ralentit avec une alimentation rénale et un traitement adapté ; découvert au stade des vomissements et de la soif intense, c'est beaucoup plus compliqué.

4. La peau, les paupières et le museau court

Trois sujets moins graves, mais qui rythment le quotidien.

La peau, c'est le motif de consultation numéro un chez ce chien. Dans l'enquête britannique sur 278 dogues, 63 propriétaires (22,7 %) avaient consulté pour une maladie de peau chronique, devant les boiteries (15,5 %), les troubles digestifs (13,3 %) et les tumeurs (10,1 %). L'étude VetCompass 2026 confirme : chez les géants molossoïdes, les affections dermatologiques et auriculaires sont significativement plus fréquentes que chez les géants non molossoïdes, otite externe en tête (8,16 % des chiens géants en un an). Les plis de la face et le fanon sont des zones chaudes et humides : un passage rapide avec une lingette adaptée et un séchage soigneux, plusieurs fois par semaine, évitent l'essentiel.

Les paupières sont un vrai dossier. Sur 244 examens ophtalmologiques OFA, 94,3 % débouchent sur un verdict global normal, mais seuls 54,9 % ne présentent strictement aucune anomalie. Le détail est parlant : entropion chez 18,0 % des chiens examinés, ectropion chez 13,5 %, distichiasis (cils mal implantés qui frottent la cornée) chez 9,4 %. C'est le prix de la peau ample sur la tête. Un chien qui garde un œil mi-clos, qui larmoie en continu ou qui se frotte l'œil ne fait pas un caprice : l'entropion se corrige chirurgicalement, et laissé en l'état, il finit en ulcère de cornée.

Le museau court impose des règles simples. Le standard classe l'essoufflement excessif et la respiration rauque parmi les défauts graves, ce qui dit bien que le problème existe dans la race. En pratique : jamais de sortie en pleine chaleur, jamais d'effort intense en été, un harnais plutôt qu'un collier, un poids de forme tenu au gramme près, et une vigilance particulière autour des anesthésies (préviens toujours l'équipe vétérinaire que c'est un brachycéphale). Un dogue qui ronfle bruyamment au repos, qui a du mal à récupérer après trois minutes de marche ou qui dort la tête surélevée mérite un avis vétérinaire sur ses voies respiratoires, pas un haussement d'épaules.

Caractère : un dissuasif calme, pas une machine de guerre

C'est un chien de garde, et le standard le dit sans détour. Utilisation officielle : garde, défense et dissuasion. Le texte parle d'un chien qui assume la garde « avec vigilance et un grand courage mais sans agressivité ». La silhouette fait 90 % du travail : très peu de gens insistent devant 55 kg de molosse posé dans l'entrée. C'est un chien qui impressionne, pas un chien qui charge.

Il est calme, et c'est sa plus belle qualité. Le standard le décrit comme « calme, équilibré, avec un seuil de réponse élevé ». Un seuil de réponse élevé, ça veut dire qu'il en faut beaucoup pour le faire réagir. À la maison, c'est un chien étonnamment tranquille pour son gabarit, souvent posé, qui ne tourne pas en rond et ne détruit pas par excès d'énergie. Sur ce point précis, il est plus facile à vivre qu'un border collie ou qu'un malinois.

Il est extrêmement attaché à son maître. Le standard parle d'un « bon compagnon, très attaché à son maître et très affectueux ». C'est vrai, et c'est même envahissant : ce chien veut être dans la pièce où tu es, contre le canapé, souvent avec la tête sur tes genoux. Le revers, c'est qu'il supporte mal l'isolement prolongé et qu'il faut travailler la solitude tôt.

Le mâle a « un caractère généralement dominant ». Là encore, c'est le standard qui l'écrit. Concrètement, ça se traduit surtout par des tensions possibles avec d'autres mâles, et par un besoin de cadre très clair à l'adolescence, vers 10 à 18 mois. Ce n'est pas un chien pour tester ses limites, c'est un chien pour qui les limites doivent être posées avant qu'il ne pense à les tester.

L'agressivité et la peur sont éliminatoires. Le standard classe le chien agressif ou peureux parmi les défauts entraînant l'exclusion, au même titre que « tout chien présentant de façon évidente des anomalies d'ordre physique ou comportemental ». Un chiot qui grogne dans son coin ou qui se recroqueville n'est pas un chiot « de caractère » : il est hors type, et c'est un signal à prendre au sérieux chez l'éleveur.

Un point à ne pas balayer, quand même : l'étude VetCompass 2026 relève une prévalence d'agressivité notée dans les dossiers vétérinaires de 5,56 % chez les chiens géants, soit plus du double des 2,24 % relevés chez les chiens toutes races. Les auteurs eux-mêmes soulignent que ce chiffre peut refléter un biais de perception (un comportement identique est jugé plus menaçant chez un chien de 55 kg), et que la littérature générale place plutôt l'agressivité chez les petits formats. Mais la conclusion pratique reste la même : chez un molosse, les conséquences d'un incident sont sans commune mesure. La socialisation n'est pas optionnelle.

Éducation et besoins : le vrai contrat

Les bases de notre guide pour éduquer son chien s'appliquent sans modification. Quatre spécificités.

Socialise très tôt, et beaucoup. Entre 8 et 16 semaines, ce chiot doit rencontrer des humains de tous âges, d'autres chiens équilibrés, des bruits de ville, des surfaces différentes. Un dogue mal socialisé n'est pas un chien mal élevé, c'est un chien de 55 kg qui prend de mauvaises décisions. La fenêtre ne se rouvre pas.

Travaille la marche en laisse avant qu'il ne pèse 30 kg. C'est LE point à ne pas louper. Un dogue adulte qui tire te met par terre, et il n'y a pas de technique de force qui rattrape ce rapport de masse. Notre méthode douce pour un chien qui tire en laisse se travaille dès l'arrivée du chiot, pas à un an.

Dose l'exercice au lieu de l'empiler. Compte 45 minutes à 1 heure de marche calme par jour chez l'adulte, en deux ou trois sorties. Pas de course à côté du vélo, pas de longue randonnée, pas de jeu de lancer répété qui fait freiner brutalement sur les antérieurs. Le chiot, lui, marche encore moins : la règle empirique des 5 minutes de balade par mois d'âge et par sortie est un bon garde-fou tant que la croissance n'est pas terminée, ce qui prend 18 mois chez ce format.

Récompense plutôt que rapport de force. Le seuil de réponse élevé du dogue signifie qu'il encaisse beaucoup, mais aussi qu'il ne se laisse pas impressionner. Un chien qui pèse ton poids et qui décide de ne pas coopérer, tu ne le contraindras pas physiquement. Séances courtes, motivation, cohérence de toute la famille : c'est ce qui marche, et c'est ce qui construit le lien.

À qui convient cette race ?

Il est fait pour toi si tu veux un chien calme à la maison, ultra attaché à sa famille, dissuasif sans être hargneux, qui n'a pas besoin de deux heures de sport quotidien, et si tu es prêt à assumer trois choses : le budget d'un géant, les dépistages, et l'idée qu'il ne t'accompagnera peut-être que huit ou neuf ans. Beaucoup de propriétaires de dogue en reprennent un, ce qui en dit long sur ce que ce chien apporte au quotidien.

Passe ton chemin si tu cherches un compagnon de sport, si tu ne supportes pas la bave et les poils sur un pantalon noir, si tu vis dans une région très chaude sans climatisation, si ton budget vétérinaire est serré, ou si l'idée de porter 55 kg jusqu'à la voiture un soir d'urgence te paraît irréaliste. Ce n'est pas non plus un premier chien idéal, sauf à s'entourer sérieusement.

Côté budget, un chiot dogue de Bordeaux LOF issu d'un élevage qui dépiste se situe le plus souvent entre 1 200 et 2 000 €. À l'année, hors imprévus, compte plutôt 1 500 à 2 200 € : l'alimentation d'un chien de 55 kg, un antiparasitaire dosé en conséquence, et surtout des actes vétérinaires dont le tarif suit le poids (une anesthésie, une radio de hanches ou une chirurgie coûtent bien plus cher sur un géant). Notre guide du budget réel d'un chien détaille poste par poste, et sur cette race en particulier, la question de l'assurance santé animale se pose plus sérieusement que sur un chien de 10 kg : c'est exactement le profil où une chirurgie orthopédique à 3 000 € n'a rien d'improbable.

Si tu hésites encore entre plusieurs formats, notre comparatif des grandes races de chien remet le dogue en perspective face au rottweiler, au dogue allemand ou au bouvier bernois.

Quelle est vraiment l'espérance de vie d'un dogue de Bordeaux ?

L'étude vétérinaire la plus solide, publiée en 2026 sur les dossiers de 229 dogues de Bordeaux décédés au Royaume-Uni, donne un âge médian au décès de 7,71 ans. C'est nettement en dessous des 8,94 ans mesurés sur l'ensemble des races géantes, et très loin des 12,5 ans des chiens de compagnie toutes tailles confondues. Une fourchette réaliste à annoncer est donc de 7 à 10 ans, avec des individus qui dépassent bien sûr ce cadre. Le format géant et le museau court expliquent une bonne partie de l'écart.

Le dogue de Bordeaux est-il dangereux ?

Non, et il ne figure d'ailleurs sur aucune des deux catégories de chiens réglementées en France. Le standard décrit un chien de garde vigilant et courageux « mais sans agressivité », et classe le chien agressif ou peureux parmi les défauts éliminatoires. Cela dit, sa masse change la nature du risque : un incident qui serait anodin avec un chien de 8 kg ne l'est pas avec 55 kg. Socialisation précoce, marche en laisse acquise avant l'âge adulte et cadre clair à l'adolescence ne sont pas des options.

Le dogue de Bordeaux est-il un bon chien de famille ?

Oui, et c'est même sa vraie carrière moderne. Il est calme à l'intérieur, très attaché aux siens, patient, et son seuil de réaction élevé le rend tolérant. Deux réserves de bon sens : sa masse en fait un chien à surveiller autour d'un tout-petit, simplement parce qu'un coup d'épaule involontaire suffit à faire tomber un enfant de trois ans ; et son besoin de présence supporte mal les journées entières de solitude.

Le dogue de Bordeaux bave-t-il beaucoup ?

Oui, franchement. C'est la conséquence directe de la lèvre supérieure épaisse et modérément pendante décrite par le standard, qui recouvre la mâchoire inférieure sur les côtés. La bave augmente après avoir bu, après l'effort et par forte chaleur. Ce n'est ni évitable ni pathologique : une serviette près de la gamelle fait partie du contrat.

Peut-on avoir un dogue de Bordeaux en appartement ?

Techniquement oui, et c'est même moins absurde qu'il n'y paraît : ce chien dort beaucoup, ne tourne pas en rond et n'a pas besoin de courir des kilomètres. Trois conditions, toutefois. Un ascenseur ou peu d'étages (les escaliers répétés sont mauvais pour ses hanches et il sera un jour trop lourd pour être porté). Un logement qui reste frais en été. Et des voisins prévenus, parce qu'un molosse dans une cage d'escalier étroite crée toujours un moment de flottement. Notre article sur le fait de vivre en appartement avec un grand chien détaille le reste.

Quels dépistages exiger avant d'acheter un chiot ?

Trois, dans l'ordre. Les hanches et les coudes des deux parents, avec le résultat officiel écrit sous les yeux, parce que 57,2 % des dogues radiographiés dans la base OFA sont dysplasiques. Une auscultation cardiaque du chiot, et l'avis d'un cardiologue vétérinaire au moindre souffle, la race étant fortement prédisposée à la sténose aortique. Un RPCU urinaire chez les reproducteurs si l'élevage le pratique, pour la glomérulonéphropathie familiale qui touche environ un dogue sur trois. Un éleveur qui trouve ces questions déplacées répond en réalité à la question.

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